"Hey Eugene"... Pink Martini s'en vient!
Qui ne se souvient pas de "Je ne veux pas travailler", « Brazil » et « Hey Eugene » de Pink Martini?
Sachez que le 19 juillet prochain, Pink Martini se produira de nouveau devant le public de Québec. Le « grand petit orchestre » originaire de Portland, en Oregon, en sera à sa deuxième visite en deux ans dans la Capitale, ayant charmé le public québécois lors de son passage précédent, alors qu'ils ont assuré la première partie des Lost Fingers sur les plaines d'Abraham. Cette fois, le groupe sera à l'Agora du Vieux-Port.
Le groupe est actuellement en tournée dans l'est nord-américain. Thomas Lauderdale, le sympathique pianiste et cofondateur du groupe, a profité d'un arrêt avant la présentation d'un spectacle dans la région de Pittsburgh pour nous accorder quelques minutes.
N.B : Vous en êtes à votre seconde visite à Québec en deux ans. Lors de votre dernier passage, vous avez joué devant plus de 50 000 spectateurs. Quelle était la sensation de jouer devant tant de gens?
T.L. : C'était absolument incroyable. Je me considérais vraiment chanceux de pouvoir partager notre musique avec tant de gens. Il s'agissait de la plus grosse foule devant laquelle nous avons joué. La plupart des gens n'ont pas cette chance de voyager et de rencontrer des gens un peu partout de par le monde.
N.B : Votre chanteuse, China Forbes, doit subir une opération aux cordes vocales et sera sur la touche pendant environ un an. Qui la remplacera et comment le groupe a-t-il réagi à la nouvelle?
T.L : China sera au repos forcé pendant quelques mois. Elle se fera opérer en août prochain. Elle sera remplacée par Lucy Woodward. C'est elle qui assure la relève pour nos spectacles, dont celui que nous présenterons sur la scène estivale de Central Park à New York (le 17 juillet prochain). Lucy est une chanteuse plus jazz qui fait penser un peu à Rita Hayworth.
Au début, lorsqu'ils ont appris la nouvelle, les membres de Pink Martini se sont demandés comment le groupe allait fonctionner et comment les spectateurs allaient réagir, car ils étaient habitués à voir et entendre China. Mais la transition se passe bien.
N.B. La chimie du groupe a-t-elle changé depuis que la nouvelle chanteuse a pris la relève?
T.L. La chimie du groupe n'a pas vraiment changé. Par contre, cela permet aux autres membres du groupe de passer plus à l'avant-plan. Par exemple, notre trompettiste, Gavin Bondy, interprètera quelques pièces et notre choriste viendra également chanter à l'avant-scène. C'est une façon de permettre aux autres musiciens de briller, au lieu que les gens aient l'impression que le groupe est China Forbes et quelques musiciens qui jouent dans l'ombre. Je n'aimerais d'ailleurs pas me retrouver dans ce genre de situation.
En février dernier, China a enregistré un message d'accueil pour deux cosmonautes lors de leur arrivée à la Station spatiale internationale. Comment a-t-elle obtenu cet honneur?
Il y a quelques années, China a coécrit une chanson intitulée Dosvedanya Mio Bombino (qui se retrouve sur l'album Eugene, paru en 2007) avec sa sœur Maya Forbes, une scénariste pour la télévision et le grand écran. La chanson traite de quelqu'un qui est déchiré entre la Russie et l'Italie. C'était très approprié car les deux cosmonautes qui arrivaient à la station étaient d'origine italienne et russe.
N.B. En 2007, vous avez enregistré une chanson en arabe (Bukra Wba'do), que vous avez décrit comme étant… disons, un doigt d'honneur aux Bush (George et George W.). Les deux avaient alors décrit Portland, votre ville d'origine comme étant un « Petit Beyrouth ». Était-ce vraiment le message que vous vouliez faire passer?
T.L. D'une certaine façon, c'est exact. Par contre, je suis certain que si je rencontrais Bush, père et fils, en tant qu'individus, je les trouverais probablement sympathiques. Portland est un endroit où règne une effervescence culturelle. J'ai beaucoup remarqué qu'au cours des dernières années, les États Unis, de par leurs politiques, ont créé un climat de phobie, d'hostilité et d'isolationnisme. Incidemment, je pense que c'est un peu la même chose au Canada.
Notre société a tellement changé que j'ai d'ailleurs de la difficulté à comprendre comment ou pourquoi les gens se promènent avec des armes et se tirent dessus.
Vous avez peut-être raison sur un point. Les enjeux planétaires sont devenus tellement importants et complexes que les gens préfèrent se réfugier dans le sensationnalisme, qui est plus facile à comprendre.
N.B. J'ai entendu dire que votre chanson "No Hay Problema" servait de musique de fond/d'installation pour Windows Server 2003 de Microsoft et fut aussi utilisée comme musique de fond/d'installation pour une première version de Windows Longhorn, par la suite baptisée Windows Vista. Pink Martini a-t-il pris le virage corporatif?
T.L. Hmmm! Non, je ne le savais pas. En fait, je suis une des rares personnes qui utilisent peu l'ordinateur (rires). Non, le groupe n'a pas pris le virage corporatif. De toutes façons, je n'aime pas la façon dont les énormes entreprises ont déshumanisé notre monde. Nos disques ne se retrouvent dans les grandes surfaces comme Walmart, que je n'aime pas d'ailleurs.
Pink Martini a toujours voulu demeurer unique, ce qui explique le fait que nous demeurons sur une étiquette indépendante depuis nos tous débuts. Il y a quelques années, nous nous disions que nous ne voulions pas travailler pour une compagnie comme, par exemple Walt Disney. Nous avons été approchés par une étiquette qui, par la suite, a été achetée par… Walt Disney! C'est pourquoi nous sommes demeurés sur notre propre étiquette, Heinz Records. Nous l'avons ainsi appelé en l'honneur de mon chien.
Je préfère les étiquettes indépendantes car tous les membres du groupe reçoivent une part équitable du gâteau (lire: les profits). Si nous étions avec une étiquette majeure, la compagnie encaisserait la majorité des profits et le groupe devrait se contenter de miettes. C'est plus équitable ainsi.
N.B. Puisque vous êtes en tournée, pensez-vous sortir un album live ou un autre DVD en concert?
T.L. Non, nous n'avons pas de plans pour un album en concert ou un DVD . Personnellement, je n'achèterais pas de DVD de concert, donc je n'achèterais pas celui de notre concert. Bien qu'il puisse donner un avant-goût du spectacle, je trouve qu'un DVD ne donne pas une idée exacte. Un DVD ne permet pas de partager l'énergie du spectacle, de s'amuser avec la personne assise à côté de nous et il enlève la spontanéité du spectacle si quelqu'un se trompe en faisant une fausse note ou oublie une parole de chanson.
Par contre, j'aimerais bien réaliser un film comme ceux qu'ont fait les Beatles, du genre de « Yellow Submarine » ou « A Hard Day's Night » et le présenter au cours d'un festival comme celui de Sundance.
Toujours sympathique Thomas Lauderdale et le groupe Pink Martini, un spectacle à ne pas manquer...
Entrevue et rédaction : Nadine Brillant